lundi 4 mai 2026

Le charbon de toutes les misères : une enquête bouleversante sur l’histoire oubliée des mineurs marocains en France

Pendant plus de vingt ans, des dizaines de milliers de marocains ont creusé le sol français. Ils étaient 60 000, envoyés en France entre 1960 et 1982 pour extraire le charbon dans les mines du Nord. Le livre-enquête de Hassan Bentaleb, journaliste marocain, lève enfin le voile sur leur histoire méconnue, douloureuse et profondément injuste.

Intitulé « Le charbon de toutes les misères », cet ouvrage s’impose aujourd’hui comme une référence incontournable pour quiconque souhaite comprendre les racines de l’immigration marocaine en France, ses souffrances, ses combats invisibles et les conséquences encore palpables dans la mémoire des familles et de la diaspora marocaine.

Un auteur engagé issu du Maroc profond, entre héritage personnel et enquête historique

Originaire d’une région marocaine marquée par l’exode rural et la migration, Hassan Bentaleb n’a pas choisi ce sujet au hasard. Son propre environnement familial et social a été imprégné des récits de départs vers la France, des absences longues et des silences pesants.
Ce vécu personnel l’a conduit à s’intéresser de près au destin de ces hommes qu’on appelait « les mineurs marocains », souvent avec mépris ou indifférence.

Après plus d’une décennie de recherches, de témoignages recueillis au Maroc comme en France, de fouilles dans les archives officielles, il publie un livre poignant, à la croisée du journalisme d’investigation et du devoir de mémoire. Son objectif : redonner une voix à ceux qui ont été réduits au silence.

Une immigration organisée, ciblée et profondément inégalitaire

Entre 1960 et 1982, la France, confrontée à une pénurie de main-d’œuvre dans son secteur minier, se tourne vers le Maroc, son ancien protectorat, pour y recruter massivement des ouvriers destinés à travailler dans les houillères du Nord-Pas-de-Calais.
Près de 60 000 hommes, jeunes et en bonne santé, sont recrutés dans des conditions extrêmement strictes, par l’intermédiaire de Félix Mora, un ancien officier français qui organise ces campagnes de sélection directement dans les douars reculés du sud marocain.

Ces jeunes marocains, souvent analphabètes, issus de familles rurales et pauvres, sont choisis comme une force de travail corvéable à merci. Ils ne signent aucun contrat clair, n’ont aucune visibilité sur leurs droits et sont envoyés en France dans l’espoir d’un avenir meilleur… qui ne viendra jamais vraiment. « Ils ne savaient pas ce qui les attendait. On leur avait vendu l’idée d’un eldorado. Ils ont trouvé les ténèbres. » — H. Bentaleb

Des conditions de travail proches de l’exploitation : l’enfer au fond des galeries

Une fois arrivés dans les cités minières du Nord, les mineurs marocains sont confrontés à des conditions de travail extrêmement dures, traitements inhumains et silences politiques.
Ils vivent dans des logements insalubres, séparés de leur famille pendant des années et travaillent dans les galeries les plus dangereuses, celles que les mineurs français refusaient.

Ils sont moins bien payés que leurs homologues européens, exclus des primes, des formations, des évolutions de carrière et souvent affectés aux tâches les plus pénibles. Les accidents sont fréquents, les maladies respiratoires (comme la silicose) ravagent des générations entières et les plaintes sont tues ou ignorées.

Une double injustice historique et mémorielle

L’un des constats les plus bouleversants du livre est l’absence de reconnaissance institutionnelle pour ces milliers d’hommes. En France, leur histoire est à peine mentionnée dans les manuels scolaires ou les musées. Au Maroc, ils sont perçus comme des pourvoyeurs de devises, sans que leur sacrifice ne soit intégré dans la mémoire nationale.

Pas de statue, pas de rue et pas de monument. Pas même un chapitre dans les livres d’histoire. Leur contribution à la richesse industrielle de la France a été effacée. Leur départ forcé, leur souffrance au fond des mines et leur exclusion sociale restent tabous.

« Ce sont des héros invisibles. Le Maroc les a oubliés. La France les a utilisés. » — H. Bentaleb

Un combat pour la justice tardif mais essentiel

En 2011, après des années de mobilisation, une victoire judiciaire symbolique est obtenue.
La Cour d’appel de Douai condamne la discrimination subie par certains anciens mineurs marocains dans le traitement de leurs droits sociaux à la retraite. Mais aucune réparation collective ni reconnaissance nationale officielle n’a encore été actée.

Cette décision rappelle que le combat continue. Le livre de Bentaleb se présente comme un prolongement militant, un outil pour appuyer les demandes de justice, de mémoire et de réparation.

Les enfants de cette génération : un héritage de silence, de douleur et de détermination

Entre intégration difficile, fierté cachée et mémoire à reconstruire, les enfants et petits-enfants de ces mineurs, aujourd’hui pour la plupart citoyens français, belges ou canadiens, ont grandi dans l’ombre. Souvent confrontés à la précarité, au racisme et à l’échec scolaire, ils héritent aussi d’un combat : celui de reconstruire la dignité volée de leurs parents.

Ce livre leur permet de retrouver un fragment de leur histoire familiale, de comprendre les non-dits, les absences et les blessures transmises. Il pose les bases d’une mémoire partagée entre les deux rives de la Méditerranée.

Un ouvrage nécessaire pour les MRE et pour toute la jeunesse marocaine

Le charbon de toutes les misèresne s’adresse pas uniquement aux historiens ou aux chercheurs. Il est un cri du cœur pour tous les marocains résidant à l’étranger, pour les jeunes générations en quête de sens, pour ceux qui veulent comprendre les racines de l’émigration marocaine, ses douleurs, mais aussi ses leçons de courage et de résilience.

Ce livre est aussi un outil pédagogique et politique. Il interpelle les institutions, les enseignants, les parents et les associations. Il appelle à une reconnaissance officielle, à la création d’un lieu de mémoire, à l’intégration de cette histoire dans les programmes éducatifs et les politiques migratoires.

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