Chaque été, au Maroc, des milliers de familles se heurtent au cauchemar des fausses locations saisonnières. Ce qui devait être une parenthèse de détente se transforme, pour beaucoup, en un véritable parcours du combattant. Victimes d’arnaques numériques, de pratiques illégales et d’un marché chaotique, les vacanciers marocains comme étrangers se retrouvent à la merci de courtiers informels et d’annonces mensongères. Un désordre devenu chronique, qui alerte à la fois les défenseurs des droits des consommateurs et les autorités de sécurité.
Derrière les photos séduisantes publiées sur les réseaux sociaux et les plateformes d’annonces, la réalité est bien souvent trompeuse. Une fois sur place, les locataires découvrent des logements insalubres, inexistants, ou déjà occupés. Bouazza Kharrati, président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs, tire la sonnette d’alarme : « Nous sommes face à un marché dans un grand désordre, avec des pratiques commerciales douteuses qui échappent à tout contrôle. »
Le phénomène s’est amplifié avec la digitalisation sauvage des offres. Des individus sans autorisation, parfois hors du cadre légal, diffusent à la chaîne des annonces fictives ou volées. Le paiement anticipé, souvent exigé, scelle le piège. Les victimes, désemparées, n’ont souvent aucun recours et abandonnent tout espoir de remboursement. Pire encore, les arnaqueurs restent rarement inquiétés, et continuent leurs activités impunément, profitant d’un vide juridique criant.
Ce marché non structuré, dominé par des courtiers informels, a un coût économique majeur. Non seulement il prive l’État de recettes fiscales conséquentes la majorité des revenus issus de ces locations n’étant pas déclarés mais il nuit aussi à la réputation touristique du Maroc. Pour Abdelkrim Chafii, président de la Fédération régionale des droits des consommateurs de Souss-Massa, le danger est double : « Ce désordre impacte à la fois les finances publiques et la sécurité nationale. »
En effet, l’absence d’enregistrement des locataires ou de vérification d’identité fait peser un risque sécuritaire grave. Dans un contexte régional tendu, certains appartements pourraient être utilisés comme planques par des fugitifs, voire des cellules criminelles. Sans contrôle, sans traçabilité, ces locations échappent à tout suivi administratif et sécuritaire.
Les fédérations de consommateurs plaident pour une régulation immédiate du secteur. Leur proposition est la création d’agences de médiation agréées, capables d’encadrer légalement les transactions locatives, d’assurer une transparence des prix, et de protéger les consommateurs contre les escroqueries. Une telle mesure permettrait aussi d’intégrer une large partie de cette économie informelle dans le circuit légal, avec des bénéfices directs pour les finances publiques.
Face à l’inaction des autorités, les associations appellent les victimes à porter plainte, documenter les faits, et sensibiliser l’opinion. Mais sans volonté politique ferme, ces démarches resteront isolées. Il devient urgent pour l’État de mettre de l’ordre dans un marché qui nuit non seulement aux citoyens, mais à l’image même du Maroc, pays en pleine expansion touristique.
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