Pendant longtemps, l’histoire de l’immigration marocaine en Belgique a été racontée de l’extérieur. Réduite à des chiffres, à des clichés ou à des récits incomplets. Avec Belgica Biladi, cette narration change radicalement. Le projet, porté par Ahmed Medhoune de l’Université Libre de Bruxelles, vient de poser un acte fort : redonner à la diaspora marocaine le contrôle de sa propre mémoire.
Ce n’est pas une simple exposition. C’est une stratégie culturelle. À travers une scénographie immersive, un ouvrage de référence et une série de podcasts, Belgica Biladi reconstruit plus de soixante ans d’histoire, depuis les premières vagues migratoires des années 1960 jusqu’aux nouvelles générations.
Car il faut dire les choses clairement : cette mémoire a été sous-exploitée. Les premiers travailleurs marocains, notamment dans les mines et l’industrie, ont contribué directement à la reconstruction économique de la Belgique d’après-guerre. Pourtant, leur rôle reste largement absent des récits dominants.
Mais il ne s’arrête pas à la nostalgie. Là où Belgica Biladi est intelligent, c’est dans sa projection. Il ne s’agit pas seulement de raconter d’où viennent les Marocains de Belgique, mais de montrer ce qu’ils sont devenus. Aujourd’hui, cette diaspora est présente dans tous les secteurs : politique, finance, entrepreneuriat, culture. Elle est devenue un acteur structurant de la société belge.
Car cette diaspora n’est plus simplement intégrée. Elle est influente. Son poids électoral, notamment dans des villes comme Bruxelles, Anvers ou Liège, en fait une variable politique réelle. Son rôle économique, lui, dépasse désormais les frontières nationales.
On parle ici d’une génération capable de créer des ponts. Des flux d’investissement, des collaborations, des projets entre le Maroc et la Belgique. Ce que Belgica Biladi met en lumière, c’est cette nouvelle réalité : une diaspora qui ne choisit plus entre deux identités, mais qui les combine. C’est ce qu’on appelle une identité transnationale. Et c’est probablement l’un des plus grands atouts du Maroc aujourd’hui.
Sans stratégie claire pour activer ces talents, ces réseaux et ces ressources, cette richesse peut rester symbolique. Le vrai enjeu est là : transformer cette mémoire en levier économique et politique concret.
Dans un contexte européen marqué par les tensions identitaires, le projet fait aussi un choix fort : celui de l’optimisme. En mettant en avant des parcours de réussite, il construit un contre-récit. Il montre que l’immigration n’est pas un problème à gérer, mais une opportunité à structurer.
Et ce message est essentiel pour les jeunes générations. Car face aux discriminations et aux stéréotypes, ce type d’initiative agit comme un outil de repositionnement. Elle redonne de la fierté, mais surtout de la perspective.
La décision de traduire le projet en arabe et en amazigh pour le présenter au Maroc est également stratégique. Elle permet au pays d’origine de redécouvrir sa diaspora sous un angle différent : non plus comme une population expatriée, mais comme un vivier de compétences, d’influence et de création de valeur.
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