Le marché des créances bancaires au Maroc pourrait connaître une transformation importante. La Société financière internationale (IFC) et le groupe allemand EOS Holding envisagent de mobiliser environ 650 millions de dirhams pour racheter des créances bancaires en souffrance et certains actifs immobiliers saisis.
L’objectif est clair : permettre aux banques marocaines de réduire le poids de leurs actifs problématiques et de retrouver davantage de capacité pour financer les ménages et les entreprises.
Le projet reste toutefois soumis aux procédures d’approbation prévues par l’IFC.
Créances bancaires au Maroc : pourquoi cette opération est stratégique
Les créances non performantes, souvent appelées NPL pour Non-Performing Loans, correspondent aux crédits dont le remboursement rencontre des difficultés importantes.
Lorsqu’une banque accumule ce type d’actifs, elle doit constituer des provisions. Une partie de ses ressources reste alors mobilisée pour couvrir le risque de défaut.
Cette situation peut réduire sa capacité à accorder de nouveaux crédits.
C’est précisément sur ce problème que repose le modèle développé par IFC et EOS sur plusieurs marchés. Leur coopération vise à acquérir des portefeuilles de prêts non performants et, dans certains cas, des actifs immobiliers liés à ces créances.
IFC et EOS veulent créer un véhicule financier au Maroc
Le projet prévoit la création d’une structure commune dédiée au marché marocain.
L’enveloppe annoncée atteindrait 650 millions de dirhams, avec un financement réparti à parts égales entre les deux partenaires, soit environ 325 millions de dirhams chacun.
L’opération doit permettre au véhicule d’acquérir directement auprès des établissements bancaires des portefeuilles de créances difficiles à recouvrer.
Le mécanisme est déjà éprouvé sur d’autres marchés.
En 2022, IFC et EOS avaient créé une structure destinée à acquérir et traiter des créances non performantes en Croatie, en Serbie, en Roumanie et en Bosnie-Herzégovine. L’investissement prévu atteignait alors 129 millions d’euros sur trois ans.
En juin 2026, les deux groupes ont annoncé l’extension de leur coopération avec une nouvelle enveloppe de 400 millions d’euros pour plusieurs pays d’Europe de l’Est.
Comment le rachat des créances peut aider les banques marocaines
Le principe est relativement simple. Une banque vend une partie de ses créances en souffrance à un investisseur spécialisé. Elle reçoit en contrepartie des liquidités et transfère la gestion de ces actifs à un acteur capable de les restructurer, de les recouvrer ou de valoriser les garanties associées.
Pour les établissements bancaires, cette opération peut donc permettre de :
- réduire le volume de créances non performantes ;
- récupérer des liquidités ;
- améliorer la gestion du risque ;
- libérer des ressources financières ;
- renforcer leur capacité à financer de nouveaux projets.
EOS indique justement que l’acquisition de créances garanties par des actifs immobiliers permet aux banques de réduire leur taux de NPL.
Les actifs immobiliers saisis au cœur du dispositif
Le projet ne concerne pas uniquement les crédits. Certains actifs immobiliers saisis pourraient également intégrer les portefeuilles rachetés.
Cette dimension est importante. Lorsqu’un crédit immobilier devient irrécouvrable, la banque peut récupérer un bien servant de garantie. Mais conserver ce type d’actif sur son bilan pendant une longue période peut également générer des coûts et compliquer sa gestion.
Un investisseur spécialisé peut alors reprendre l’actif, l’évaluer et rechercher une stratégie de valorisation ou de cession.
EOS dispose déjà d’une activité spécifique consacrée aux créances garanties par des biens immobiliers et aux actifs immobiliers issus de situations de défaut.
Un modèle qui dépasse le simple recouvrement
L’intérêt du partenariat ne réside pas uniquement dans la récupération de dettes.
EOS se présente comme un acteur spécialisé dans la gestion des créances, avec une approche fondée notamment sur la donnée et les outils numériques. Le groupe indique également utiliser des technologies d’intelligence artificielle dans certaines activités de gestion des créances.
IFC apporte de son côté son expertise dans le financement du secteur privé des marchés émergents.
Leur association permet donc de combiner capital, expertise financière, gestion des risques et capacité de traitement des créances.
Quel impact sur le financement de l’économie marocaine ?
C’est probablement l’enjeu principal. Si les banques parviennent à réduire le poids de leurs créances problématiques, elles peuvent potentiellement consacrer davantage de ressources au financement de l’économie.
Cela pourrait concerner :
- les entreprises ;
- les PME ;
- les entrepreneurs ;
- les ménages ;
- les projets immobiliers ;
- les investissements productifs.
L’objectif rejoint ainsi les enjeux identifiés par l’IFC dans son diagnostic récent du secteur privé marocain : améliorer l’accès au financement, renforcer l’investissement privé et lever les contraintes qui freinent la croissance des entreprises.
Une opération encore soumise à validation
Il faut néanmoins éviter de présenter l’opération comme déjà finalisée.
Le projet doit encore franchir les différentes étapes réglementaires et institutionnelles nécessaires. Selon les informations communiquées, l’examen par le conseil d’administration de l’IFC est attendu en أكتوبر 2026.
Cette nuance est importante : le montant de 650 millions de dirhams correspond donc à l’enveloppe envisagée pour le projet et non à des fonds déjà injectés dans les banques marocaines.
Créances bancaires au Maroc : un marché secondaire qui pourrait changer d’échelle
Si l’opération se concrétise, elle pourrait constituer une étape importante dans la structuration du marché marocain des créances en souffrance.
Le Maroc disposerait alors d’un mécanisme supplémentaire pour traiter les actifs bancaires difficiles à gérer et accélérer leur résolution.
Mais le véritable indicateur de réussite sera ailleurs : la capacité des banques à transformer les liquidités libérées en nouveaux financements pour l’économie réelle.
C’est là que se jouera l’impact économique de cette opération.
Sources externes :
لا تفوتوا أي شيء من أخبار الجالية!
اشترك في نشرتنا الإخبارية القادمة لتتلقى أدلةنا العملية ونصائحنا (الإجراءات، الاستثمار) وأهم أخبار المغتربين المغاربة مباشرةً في بريدك الإلكتروني.

