La traque judiciaire se poursuit sans relâche contre les têtes de réseaux de la drogue qui gangrènent l’Europe, même lorsqu’elles s’abritent à des milliers de kilomètres. C’est le cas d’Omar Govers, plus connu sous le surnom de « Patje Haemers », et de son acolyte Mounir El Bartali, dit « Gino », deux figures notoires du grand banditisme anversois, aujourd’hui condamnées à de lourdes peines de prison pour leur rôle dans un vaste trafic international de cocaïne.
Les deux hommes, en cavale depuis des années, Govers installé à Dubaï et El Bartali réfugié à Tanger viennent d’être frappés par de nouvelles condamnations du tribunal correctionnel d’Anvers : dix ans de prison ferme pour le premier, douze pour le second. Les faits remontent à 2020, période à laquelle ils ont orchestré, depuis l’étranger, l’introduction de trois importantes cargaisons de cocaïne dans le port d’Anvers. Au total, plus de 1 150 kilos de poudre blanche ont été acheminés d’Amérique du Sud vers l’Europe via une technique bien rodée, surnommée le « switch ». Cette méthode consiste à transférer la drogue, une fois arrivée au port, de conteneurs sud-américains vers des conteneurs européens, supposés moins contrôlés par les douanes.
Cette affaire emblématique illustre à la fois le haut degré de sophistication des réseaux criminels opérant en Europe et l’internationalisation de leurs opérations. Dubaï et Tanger, devenus des refuges prisés pour les fugitifs de la criminalité organisée, sont désormais dans le viseur des autorités judiciaires européennes. Si l’extradition reste complexe, la pression diplomatique s’intensifie pour permettre l’arrestation et le rapatriement de ces fugitifs.
La condamnation des deux hommes n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une série d’opérations judiciaires menées par les autorités belges pour reprendre le contrôle du port d’Anvers, aujourd’hui considéré comme l’un des principaux points d’entrée de la cocaïne sur le continent européen. Depuis plusieurs années, les services de police belges, soutenus par Europol et d’autres agences internationales, ont démantelé des dizaines de cellules logistiques impliquant dockers, transporteurs et entrepreneurs complices.
Mais ce coup de filet contre Govers et El Bartali envoie un signal fort : même en exil, les barons de la drogue restent dans le viseur de la justice. La coopération internationale, bien qu’entravée par des zones grises diplomatiques, progresse. Les tribunaux belges ont déjà émis de nouveaux mandats d’arrêt internationaux contre les deux fugitifs, déterminés à les voir purger leur peine en Belgique.
Cette affaire met aussi en lumière une mutation profonde du crime organisé en Europe : plus structuré, plus mobile, plus international que jamais. Les narcotrafiquants, à l’image de Govers et El Bartali, ne se contentent plus d’opérer en local. Ils gèrent des réseaux transcontinentaux, usent de technologies cryptées et de circuits financiers opaques. Pour les États, la riposte devra être à la hauteur : judiciaire, technologique, mais aussi diplomatique.
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