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Les MDM, une société civile du monde

Par Driss Jaydane

Marocains du Monde. Et si cette abréviation était plus appropriée ?

Celle d’un sens plus heureux, désormais plus neuf et, on le sait, plus optimiste, plus fort. Oui, une abréviation qui change des TME, RME, MRE… Qui disaient le travail, l’étranger, l’attachement et la solitude.

Mettons, qu’au terme d’une histoire difficile et d’un retournement puissant, être Marocain du Monde signifie, aujourd’hui, avoir dessiné les contours d’un espace autre. Un territoire nouveau, qui est celui du dépassement, de l’affirmation et de l’invention. De l’espace, d’abord, transformé par la mobilité… Aussi difficile soit-elle. De l’histoire, comme héritage difficile, acquis par la confrontation avec d’autres, l’Européenne, notamment…

D’une modernité sans cesse négociée avec les racines, mais qui autorise qu’on pense et qu’on se dise qu’au fond, à Paris, Bordeaux, Amsterdam ou à Montréal, ça existe quand même, le droit…Que réussir par le travail, c’est possible. Comme existe aussi la possibilité de s’élever, un peu, ou beaucoup…

Et que racisme et ségrégation ou pas, les déterminismes, au nom d’une sorte de décence à l’œuvre dans les sociétés dites occidentales, peuvent retourner au placard, un jour ou l’autre. Et pourquoi pas, la simple compétence peut conduire un fils d’ouvrier à la tête d’une banque, une fille de bonne au parlement. Et la chance, si on la laisse faire son métier, rendre possible l’écriture de destins singuliers, provoquer les basculements…

Alors, peser aujourd’hui près ou plus de 7% du PIB, est-ce que ce n’est pas cela faire basculer l’histoire, faire pencher la balance vers le droit à la réclamation d’une identité autre, conforme à ce que l’on est devenu, conforme à ce que l’on est ?

Alors, les Marocains du Monde, citoyens perpétuellement conquérants d’une terre nouvelle, dont les lois et les habitudes, et les exigences acquises ailleurs riment aussi, il faut le dire, avec le désir de retourner à la leur… Ces Marocains-là, si l’on croit qu’ils ne pèseront que le poids d’une part de PIB, et que l’on fait fi de celui, symbolique, c’est-à-dire politique, que le retournement qu’ils ont opéré, pèse de sens et de symboles pour eux… Et bien on se trompe…

Car le territoire qu’ils ont dessiné avec sa mobilité, ses règles, est peut-être bien plus vaste que celui dans lequel on voudrait les faire vivre, presque les contenir, qui est, au fond, celui du développement, avec ce qu’il suppose de domestication…

Développement, ce mot fourre-tout dans lequel on ne voudrait mettre ou voir que compétence, partage, ressources humaines, qualité, carrières, et bien sûr transferts !

Marocains du Monde, oui, l’expression est jolie. Elle porte en elle cependant l’histoire et la naissance d’une puissance politique d’un genre nouveau. Une société civile nouvelle, mondialisée, nationale, ouverte, fixe, enracinée, moderne, exigeante, aimante du pays, mais sans doute incapable de faire fi des acquis – de la modernité et de l’Etat de droit -, donnés, reçus, ailleurs qu’ici, le pays des pères, hommes qui restèrent silencieux et dociles, dont les enfants refusent désormais de se taire, de précieux acquis dont les Marocains du Monde, cette société civile bien plus qu’en devenir, refusera de se défaire.

Alors, la leçon des Marocains du Monde pourrait bien être celle-ci : ils sont ces Marocains devenus une société civile du Monde.

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