L’Andalousie, dont les terres fertiles d’Huelva nourrissent le marché européen en fruits rouges, retient son souffle. À l’aube de la nouvelle campagne de fraises, une menace bien plus insidieuse que la météo plane sur ses champs : la pénurie de main-d’œuvre. Le 2 octobre dernier, dans les allées animées du salon Fruit Attraction de Madrid, l’urgence s’est muée en un appel pressant, presque désespéré, des producteurs au gouvernement espagnol. L’enjeu dépasse la simple récolte ; c’est la réputation, et la suprématie, de la « perle andalouse » qui est en jeu.
Chaque printemps, lorsque les champs se parent de ce rouge vibrant si caractéristique, l’Espagne déploie un dispositif de migration circulaire bien huilé, essentiel pour pallier l’insuffisance, et le coût jugé prohibitif, de la main-d’œuvre locale. Or, face au directeur général de la Gestion des migrations, Santiago Yerga, les représentants de Freshuelva ont tiré la sonnette d’alarme. Pour que la récolte, qui culmine entre mars et avril, ne soit ni ralentie ni compromise, l’augmentation du contingent de travailleurs étrangers est désormais une nécessité vitale.
Au cœur de cette stratégie de survie se trouve un partenaire historique et géographique incontournable : le Maroc. La proximité, l’expérience avérée dans la cueillette, et une disponibilité rapide font des travailleurs marocains l’épine dorsale de cette économie agricole. Un paradoxe cinglant, d’autant plus que, dans le même temps, les agriculteurs espagnols n’hésitent pas à mener des campagnes vigoureuses dénonçant la « concurrence déloyale » des produits venus du Royaume. Quoi qu’il en soit, depuis un quart de siècle, des milliers de saisonniers, des femmes pour la majorité, traversent le détroit pour participer à ce cycle migratoire stable avant de retourner chez elles. Un modèle qui a fait ses preuves, mais dont l’ampleur doit désormais être revue à la hausse.
Si 8 000 travailleurs étrangers sont déjà en place pour cette saison, l’organisation patronale alerte sur un déficit critique. L’an dernier, plus de 10 000 bras avaient été mobilisés. L’objectif est clair : il faut accélérer la cadence, mobiliser davantage de forces vives marocaines et sud-américaines pour garantir un ramassage éclair et sécuriser la fraîcheur du fruit destiné aux étals européens. De fin janvier à début juin, chaque heure compte pour préserver la compétitivité d’Huelva sur l’échiquier continental.
C’est donc dans un contexte de tension maximale que la présence rapide et qualifiée des saisonniers, particulièrement marocains, s’impose comme la clé de voûte de la continuité. Rouge sur rouge, le sort de la fraise andalouse dépend, une fois de plus, de ces contingents venus d’ailleurs pour que l’Espagne conserve sa place sur le podium des producteurs européens de fruits rouges.
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