Les fonds envoyés par les marocains du monde sont bien plus que des chiffres, ce sont des ponts d’amour, des bouffées d’oxygène pour des millions de familles, et un pilier stratégique pour l’économie nationale. À l’occasion de la Journée internationale des envois de fonds à la famille, célébrée récemment à Oujda, Fatima-Zahra Echihabi de Bank Al-Maghrib (BAM) a rappelé avec force cette réalité, tout en soulignant un défi persistant : le coût encore trop lourd de ces transferts.
Imaginez : en 2024, près de 120 milliards de dirhams (MMDH) ont afflué vers le Maroc grâce à nos MRE, représentant un impressionnant 8% du PIB national. Ces sommes ne sont pas de simples transactions financières, elles financent les besoins essentiels des ménages, ouvrent les portes de l’éducation et de la santé, bâtissent des logements, et stimulent l’investissement local, notamment dans les régions rurales souvent les plus vulnérables. Ces fonds agissent comme une bouée de sauvetage, stabilisant les familles face aux imprévus économiques et renforçant leur résilience.
Pourtant, derrière ces flux vitaux se cache une réalité qui freine leur impact maximal : des frais de transfert encore trop élevés. En 2023, envoyer 200 dollars coûtait en moyenne 6,2% au niveau mondial, un chiffre qui grimpe parfois à plus de 8% dans certaines régions d’Afrique subsaharienne. Fatima-Zahra Echihabi alerte : ces coûts excessifs grignotent une part précieuse des montants envoyés, diminuant directement le pouvoir d’achat des bénéficiaires et l’impact sur le développement local. La faute ? Un manque de concurrence entre opérateurs, des réglementations parfois rigides, et des infrastructures digitales encore perfectibles.
Face à ce défi, Bank Al-Maghrib et les autorités marocaines ne restent pas les bras croisés. Des réformes ambitieuses sont en cours pour diversifier les canaux et alléger la facture. Dès 2009, la suppression des clauses d’exclusivité entre opérateurs internationaux et banques marocaines a déjà permis une baisse significative des frais.
Plus récemment, la Stratégie nationale d’inclusion financière a structuré un écosystème plus ouvert, favorisant l’émergence de solutions innovantes comme le paiement mobile. Le programme Greenback-Maroc, lancé en 2019 avec la Banque mondiale, vise à doper la concurrence et à sensibiliser les bénéficiaires aux outils digitaux.
Et l’ambition ne s’arrête pas là : le projet DigitRemit, cofinancé par l’Union européenne et le FIDA, a un objectif audacieux : réduire les coûts des transferts à moins de 3% d’ici 2030, tout en assurant l’accès aux services financiers pour les communautés rurales souvent isolées. Pour Jean-Christophe Filori, de la délégation de l’UE, ces envois ne sont pas que financiers, ce sont des « ponts humains et économiques entre les deux rives de la Méditerranée ».
Le Maroc, reconnu comme un modèle par le FIDA pour sa gestion des transferts, montre l’exemple. Les efforts se poursuivent pour rendre ces flux encore plus accessibles, abordables et efficaces, transformant ces gestes de solidarité en un levier puissant pour une croissance économique inclusive et durable.
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