C’est une réalité amère qui s’abat sur les tables espagnoles : le prix de la viande d’agneau a atteint des sommets jamais vus, provoquant un débat empreint d’inquiétude, qui résonne de la bergerie jusqu’à l’assiette du consommateur. Éleveurs, exportateurs, bouchers et familles se retrouvent pris au piège d’une spirale inflationniste, dont les racines plongent bien au-delà des frontières ibériques.
Au cœur du marché central de Valence, l’un des plus importants d’Espagne, la voix d’un vendeur s’élève, empreinte de résignation : « Le prix de la viande d’agneau s’est stabilisé à un niveau élevé. Il ne baisse pas parce qu’ils prennent deux bateaux par semaine avec des veaux et des agneaux vivants vers les pays arabes pour les abattre. » Ce ballet incessant des bateaux remplis d’animaux vivants vers le Moyen-Orient exerce une pression implacable sur les prix locaux.
Mais un autre facteur, inattendu et lourd de conséquences, est venu exacerber cette crise. Fin février, le Roi Mohammed VI, face aux effets dévastateurs d’une sécheresse persistante sur le cheptel national marocain, a invité les marocains à s’abstenir d’accomplir le rituel de l’Aïd al-Adhacette année. Cette décision, lourde de sens pour des millions de fidèles, a eu un effet domino inattendu sur le marché espagnol, privant les éleveurs ibériques d’un débouché majeur, tout en maintenant la pression exportatrice vers d’autres marchés.
La frustration est palpable. Le vendeur valencien ne mâche pas ses mots, dénonçant l’inefficacité des politiques gouvernementales face à cette crise galopante. « Tout a augmenté et tout va augmenter. Ils doivent contrôler l’inflation et ils ne le font pas. Et cela affecte tout », s’indigne-t-il, pointant du doigt les conséquences directes sur le quotidien des gens. Il évoque même l’Agenda 2030, perçu comme un programme déconnecté des réalités du terrain : « De nombreux obstacles compliquent les choses. Les personnes qui n’ont pas les moyens de manger de l’agneau sont exclues du marché. » Une exclusion qui touche au cœur des traditions culinaires et festives espagnoles.
La situation est d’autant plus amère pour les producteurs. Comme le souligne ce professionnel du marché, «dans toutes les politiques, c’est le producteur qui paie le prix fort », contraint parfois de vendre sa production en dessous du prix de revient, juste pour écouler ses bêtes.
Face à ce tableau, le vendeur de Valence propose une solution qui sonne comme un appel à l’aide : « réduire la bureaucratie et laisser les professionnels de l’élevage travailler en toute liberté. » Il insiste sur le savoir-faire ancestral des éleveurs, leur capacité à planifier et à générer de l’activité, si seulement on leur en donnait les moyens.
En attendant, la réalité économique s’impose : les restaurants de moyenne gamme, contraints par les coûts, commencent à remplacer l’agneau par d’autres produits, marquant un recul de cette viande prisée sur les menus. C’est l’histoire d’un marché en mutation, où les équilibres sont fragiles, et où la tradition se heurte à la dure réalité des prix, laissant un goût amer à ceux qui chérissent l’agneau comme un symbole de la table espagnole.
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