Le 79e Festival de théâtre d’Avignon, bien plus qu’une simple vitrine artistique, s’affirme comme une plateforme audacieuse de dialogue et de découverte. Ce 13 juillet, alors que la cité des Papes bat son plein, l’événement déroule le tapis rouge à la langue arabe, après l’anglais en 2023 et l’espagnol l’an dernier. Cinquième idiome le plus parlé au monde, l’arabe se révèle sous les projecteurs à travers une quinzaine d’artistes, principalement par la danse et la musique, questionnant avec force sa place et son écho dans notre société contemporaine.
L’ambition est claire : élargir les horizons de la programmation et attirer un public plus vaste, désireux de s’immerger dans cette langue foisonnante et sa culture. Un pari audacieux, surtout dans un climat géopolitique tendu où l’arabe est trop souvent perçue à travers le prisme de la fermeture.
Le festival offre un panorama saisissant d’artistes dont l’ancrage s’étend de l’Europe au pourtour méditerranéen et au Moyen-Orient. Parmi ces talents, certains sont déjà des visages familiers des scènes européennes et d’Avignon. Le chorégraphe et dramaturge libanais Ali Chahrour en est un exemple frappant. Ses œuvres, toujours imprégnées des réalités politiques, religieuses et culturelles de son pays, résonnent avec une actualité brûlante. Dans une autre veine d’engagement, Bashar Murkus, à la tête d’un théâtre palestinien indépendant, continue de déranger et de faire réfléchir. La metteuse en scène franco-irakienne Tamara Al Saadi tisse des ponts culturels audacieux. Sa pièce, « Taire », insère des chants arabes dans sa trame, avec une partition spéciale composée par le musicien libanais Bachar Mar-Khalifé, interprétée en direct. L’entremêlement du français et de l’arabe, et la place de cette dernière dans la société française, constituent d’ailleurs un fil rouge captivant dans ses créations.
La danse se révèle être un vecteur privilégié pour exprimer cette pluralité. Pour Sofiane Ouissi, chorégraphe tunisien qui travaille avec sa sœur Selma, « le texte est dans le corps », une affirmation puissante qui prend tout son sens dans leur travail entre Tunis, Paris et Lille.
De son côté, la chorégraphe marocaine Bouchra Ouizguen, basée à Marrakech, investit le parvis du Palais des Papes avec une performance participative. Elle la conçoit comme une démarche artistique ouverte « à la diversité », qui « circule du Maroc vers Avignon, Brest, Paris… », soulignant la fluidité et la richesse des échanges culturels.
Le festival ne manque pas de rendre un hommage vibrant à la diva égyptienne Oum Kalthoum, icône disparue il y a 50 ans et voix majeure du monde arabe. Une création musicale spéciale réunira autour de son répertoire des artistes contemporains de renom, dont la chanteuse Camélia Jordana, la franco-algérienne Souad Massi, et le rappeur franco-algérien Danyl, aux influences raï.
Enfin, la romancière franco-marocaine Leïla Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016 pour « Chanson douce », s’interrogera, dans le cadre des Fictions de France Culture, sur une question intime et profondément résonnante : « pourquoi est-ce que je ne parle pas l’arabe, ma langue ». Une interrogation qui, à l’image de cette édition du Festival d’Avignon, invite à une réflexion essentielle sur l’identité, l’héritage et la place des langues dans nos sociétés contemporaines.
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