Dans les champs de fraises de Huelva, une transformation silencieuse est en marche. Derrière les récoltes saisonnières, un projet bien plus ambitieux se dessine pour 225 Marocaines engagées dans le programme WAFIRA II : celui de devenir, à leur retour, de véritables actrices économiques dans leur pays.
Loin de l’image traditionnelle du travail saisonnier, ce dispositif introduit une nouvelle logique : utiliser la migration comme un levier d’entrepreneuriat. Ces femmes ne viennent plus uniquement pour travailler quelques mois, mais pour préparer leur avenir. Pendant leur séjour en Espagne, elles sont accompagnéesdans la construction de projets concrets, avec un objectif clair : créer une activité génératrice de revenus au Maroc.
Les initiatives envisagées sont variées et ancrées dans la réalité locale. Certaines prévoient d’ouvrir des commerces de proximité, d’autres de lancer des activités artisanales ou agricoles. Derrière chaque idée, une même ambition : gagner en indépendance financière et sortir d’une logique de précarité. « Je vais monter un magasin de vêtements », témoigne l’une des participantes, illustrant cette volonté de passer du statut de salariée temporaire à celui d’entrepreneure.
Mais ce programme va plus loin qu’un simple accompagnement. Il introduit une rupture stratégique : celle de connecter migration et développement économique local. En structurant les compétences acquises à l’étranger et en les transformant en projets viables, WAFIRA II repositionne ces travailleuses comme des vecteurs de croissance dans leurs régions d’origine.
Ce modèle répond à un enjeu clé pour le Maroc : transformer les flux migratoires en valeur économique durable. Trop souvent, ces expériences restent limitées à un revenu temporaire sans impact à long terme. Ici, l’objectif est différent : créer un effet multiplicateur. Une activité lancée localement ne génère pas seulement un revenu individuel, elle crée aussi de l’emploi, dynamise l’économie locale et renforce le tissu entrepreneurial.
Mais il faut rester lucide. Le passage de l’idée à l’exécution reste le véritable défi. Monter une entreprise nécessite plus que de la motivation : accès au financement, accompagnement post-retour, environnement administratif favorable. Sans ces conditions, le risque est réel de voir ces projets s’essouffler.
C’est précisément là que se joue la réussite de WAFIRA II. Si le suivi est maintenu après le retour au Maroc, ce programme pourrait devenir un modèle réplicable à grande échelle. Dans le cas contraire, il restera une initiative prometteuse mais limitée dans son impact.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que ces 225 femmes incarnent une évolution profonde. Elles ne sont plus seulement des travailleuses saisonnières. Elles deviennent des porteuses de projets, des créatrices de valeur et potentiellement, les futures patronnes d’un Maroc en quête de croissance inclusive.
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