Les drones turcs au Maroc et en Algérie illustrent une stratégie commerciale devenue majeure pour Ankara. En quelques années, les industriels turcs ont réussi à placer leurs appareils auprès de plusieurs puissances militaires du monde arabe.
Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Qatar, Koweït, Émirats arabes unis et Arabie saoudite figurent désormais parmi les clients ou utilisateurs de systèmes produits par Baykar ou Turkish Aerospace Industries. Forbes décrit cette progression comme une expansion rapide des drones turcs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Le Maroc, premier client maghrébin du TB2
Le Maroc figure parmi les premiers pays du Maghreb à avoir adopté le Bayraktar TB2.
Les Forces armées royales ont ensuite renforcé leurs capacités avec l’acquisition du Bayraktar Akinci, un appareil plus lourd et plus sophistiqué.
Forbes indique que le Maroc a reçu une première série d’Akinci en février 2025, après avoir acquis le TB2 en 2021. Le changement de catégorie est important. L’Akinci dispose notamment d’une capacité d’emport nettement supérieure à celle du TB2. Selon Baykar, il peut atteindre une masse maximale au décollage de 6 000 kg et emporter jusqu’à 1 500 kg de charge utile.
Cette évolution montre que Rabat ne s’intéresse plus uniquement aux drones tactiques. Le Royaume cherche aussi à disposer de plateformes capables d’assurer des missions de renseignement, de surveillance et de frappe à plus longue portée.
L’Algérie choisit à son tour l’industrie turque
Le choix d’Alger est particulièrement intéressant.
L’Algérie est l’un des principaux rivaux régionaux du Maroc. Pourtant, cette rivalité n’a pas empêché Ankara de développer des relations industrielles avec les deux pays.
Après la vente de TB2 au Maroc, l’Algérie s’est tournée vers les appareils de Turkish Aerospace Industries.
Alger a ainsi commandé des Anka-S et des Aksungur, deux plateformes différentes du Bayraktar développé par Baykar. Forbes confirme cette évolution et souligne la capacité de la Turquie à fournir des équipements aux deux puissances militaires du Maghreb.
Cette situation constitue l’un des aspects les plus remarquables de la stratégie turque : Ankara ne cherche pas nécessairement à choisir entre ses partenaires régionaux.
Pourquoi les drones turcs séduisent-ils autant ?
Le succès des drones turcs au Maroc et en Algérie s’explique par plusieurs facteurs.
Le premier tient au rapport entre les capacités proposées et leur coût. Les drones turcs offrent aux armées clientes des capacités de surveillance et de frappe sans nécessiter l’acquisition d’une flotte complète d’avions de combat.
Le deuxième facteur concerne l’expérience opérationnelle. Le TB2 a acquis une forte visibilité après son utilisation dans plusieurs conflits, notamment en Libye, en Syrie et dans le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.
Enfin, Ankara propose progressivement des systèmes plus avancés. L’Akinci constitue ainsi une évolution majeure de la gamme turque, avec une endurance annoncée de plus de 24 heures, une capacité de communication au-delà de la ligne de vue et différents systèmes de capteurs et d’armement.
Du Maghreb au Golfe, une expansion rapide
Le phénomène ne se limite pas au Maroc et à l’Algérie. La Turquie a également développé des marchés au Qatar, au Koweït, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Tunisie et en Égypte.
Le Qatar a été le premier pays à acheter le TB2 en 2018. Le Koweït a ensuite commandé 18 appareils en 2023 dans le cadre d’un contrat annoncé à 370 millions de dollars.
L’Arabie saoudite a, de son côté, signé en 2023 un important accord avec Baykar comprenant des Akinci ainsi qu’un volet de transfert technologique et de production conjointe.
Les Émirats arabes unis ont également rejoint cette dynamique. Le pays aurait commandé 120 TB2 et dispose désormais aussi d’Akinci.
Ankara vend des drones à des pays pourtant rivaux
C’est probablement l’aspect géopolitique le plus intéressant de cette expansion.
La Turquie parvient à travailler avec des pays qui entretiennent parfois des relations difficiles entre eux.
Le Maroc et l’Algérie en sont l’exemple le plus évident. Ankara peut fournir des équipements militaires à Rabat tout en développant simultanément ses relations de défense avec Alger.
Cette politique permet à la Turquie de transformer son industrie de défense en outil d’influence diplomatique.
Les drones deviennent ainsi plus qu’un produit militaire. Ils constituent également un instrument de coopération stratégique, de transfert technologique et de présence régionale.
Une industrie de défense devenue un outil d’influence
Le succès international des drones turcs traduit enfin la montée en puissance de l’industrie de défense nationale.
Baykar développe aujourd’hui plusieurs plateformes, dont le TB2 et l’Akinci, tandis que Turkish Aerospace Industries produit notamment l’Anka.
Pour Ankara, chaque contrat militaire ouvre potentiellement la voie à des coopérations plus larges : formation des opérateurs, maintenance, transfert de technologie et production locale. La Turquie construit ainsi progressivement un véritable écosystème autour de ses drones.
Le Maroc et l’Algérie, deux marchés stratégiques
Le cas du Maroc et de l’Algérie résume particulièrement bien cette stratégie.
Rabat a évolué du TB2 vers l’Akinci. Alger a choisi les plateformes Anka-S et Aksungur. Deux trajectoires différentes, mais une même conclusion : l’industrie turque occupe désormais une place importante dans le paysage militaire maghrébin.
Et pour Ankara, cette présence représente un avantage considérable : vendre ses équipements aux deux principales puissances militaires du Maghreb tout en conservant avec chacune une relation stratégique.
Sources externes :
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