vendredi 21 août 2026

Mostafa Derkaoui, figure du cinéma marocain, s’est éteint à 82 ans

Mostafa Derkaoui cinéma : Le réalisateur marocain Mostafa Derkaoui est décédé à Casablanca. Dans la nuit de jeudi à vendredi, à l’âge de 82 ans.

Figure majeure du Mostafa Derkaoui cinéma, il laisse une filmographie courte mais décisive, marquée par une exigence esthétique et un regard frontal sur la société marocaine. Sa disparition touche autant le milieu culturel au pays que les cinéphiles marocains installés à l’étranger, nombreux à avoir redécouvert son œuvre lors de projections et festivals.

Mostafa Derkaoui cinéma : ce qu’il faut retenir

Natif d’Oujda, Mostafa Derkaoui réalise son premier court-métrage, «Les quatre murs», en 1964. Très vite, il choisit de se former à l’international. En 1965, il part pour la Pologne et rejoint la célèbre école de cinéma de Łódź. Aux côtés de son frère Abdelkrim.

Il y obtient un diplôme de réalisation en 1972. De retour au Maroc, les deux frères fondent Basma Production. C’est dans ce cadre que naît son premier long-métrage. «De quelques événements sans signification», œuvre singulière qui marquera durablement l’histoire du cinéma marocain, malgré un parcours chaotique.

«De quelques événements sans signification», film culte longtemps invisible

Avec «De quelques événements sans signification», Mostafa Derkaoui cherche à rompre avec le classicisme du cinéma conventionnel. Le film se veut expérimental, proche des préoccupations sociales et politiques de son temps. Profondément ancré dans les réalités urbaines marocaines.

Mais son destin bascule rapidement. Le tournage subit des restrictions et l’œuvre fait ensuite l’objet d’une interdiction formelle. Sa visibilité reste bloquée pendant des décennies. Depuis sa sortie initiale, le film n’a été montré qu’une seule fois en public. Au premier festival de Paris en 1975. Clandestinement au festival de Khouribga en 1977, devant des critiques et cinéastes.

Ensuite, le film disparaît des écrans. Pour de nombreux Marocains, y compris ceux partis vivre à l’étranger. «De quelques événements sans signification» devient un titre presque mythique, cité mais rarement vu.

Mort et renaissance d’un patrimoine cinématographique

À partir de 2016, un important travail de restauration est lancé par l’Atelier de l’Observatoire à Casablanca. En collaboration avec le réalisateur et la Cinémathèque de Catalogne à Barcelone. Cette initiative permet de redonner vie au long-métrage, qui réapparaît dans les circuits de festivals. Notamment à la 69e édition de la Berlinale.

Pour les Marocains établis en Europe et ailleurs, cette restauration ouvre l’accès à un pan oublié du Mostafa Derkaoui cinéma. Projections en festivals, rétrospectives et programmations de cinémathèques permettent enfin de découvrir ce film longtemps censuré, sans forcément devoir se déplacer au Maroc.

Une filmographie exigeante et engagée

Après son premier long-métrage, Mostafa Derkaoui continue à explorer les marges de la fiction et du documentaire. Il réalise notamment :.

  • «Les beaux jours de Shéhérazade» (1982).
  • «Titre provisoire» (1984).
  • «Fiction première» (1992).
  • «Les sept portes de la nuit» (1995).

Jusqu’au début des années 2000, il signe des films traversés par la même volonté de questionner. La société marocaine et ses contradictions. Ses œuvres, souvent peu diffusées en salle, circulent surtout dans les festivals et les ciné-clubs. Au Maroc comme à l’étranger.

Reconnaissance tardive et héritage pour les nouvelles générations

Le réalisateur reçoit un hommage officiel pour l’ensemble de sa carrière lors du Festival international du. Film de Marrakech en 2007. En 2016, il est décoré par le roi Mohammed VI. Consacrant son rôle dans la construction d’un langage cinématographique marocain autonome.

En 2023, un documentaire lui est consacré, revenant sur son parcours. Ses combats esthétiques et la trajectoire singulière de «De quelques événements sans signification». Pour les jeunes réalisateurs marocains, au pays comme à l’étranger. Mostafa Derkaoui apparaît aujourd’hui comme un pionnier. Qui a ouvert la voie à un cinéma plus libre, plus direct et plus proche des réalités sociales.

Alors que des rétrospectives de son travail devraient se multiplier. Y compris hors du Maroc. La disparition de Mostafa Derkaoui rappelle l’urgence de préserver et de transmettre ce patrimoine aux futures générations de cinéphiles.

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