Une fuite de données DGSN présentée sur Telegram comme le résultat d’un piratage massif des services de sécurité marocains a provoqué de nombreuses réactions. Les fichiers diffusés prétendaient contenir les informations de près de 70 000 agents de la DGSN et de la DGST. Les autorités marocaines contestent toutefois cette version et affirment qu’aucune intrusion n’a touché leurs systèmes informatiques.
Fuite de données DGSN : que contiennent les fichiers diffusés ?
Le 24 août 2026, un groupe opérant sous le nom de « Jabaroot » a publié plusieurs fichiers sur Telegram. Le collectif affirmait avoir obtenu des informations confidentielles appartenant à des agents des services de sécurité marocains.
Les documents diffusés contenaient notamment des noms, prénoms, dates de naissance et numéros de carte nationale d’identité. Certaines fiches comportaient également des matricules professionnels, des dates d’engagement, des grades ou encore des coordonnées bancaires.
Le groupe a présenté cette publication comme une opération liée aux événements migratoires survenus à Ceuta. Il a également revendiqué une dimension politique à travers cette diffusion.
DGSN-DGST : aucune intrusion dans les systèmes de sécurité
Le 27 août, le pôle DGSN-DGST a officiellement rejeté les accusations de piratage.
Dans un communiqué relayé par la MAP, les autorités affirment qu’aucun accès non autorisé n’a été détecté dans les systèmes informatiques ou les bases de données stratégiques de la police et du renseignement marocains.
Selon cette version officielle, les infrastructures concernées bénéficient de dispositifs de cybersécurité renforcés. Les systèmes stratégiques seraient notamment isolés des réseaux Internet publics.
Cette précision change donc considérablement la lecture de la fuite de données DGSN revendiquée sur les réseaux sociaux.
Des données provenant de bases tierces selon les autorités marocaines
Les autorités avancent une autre explication concernant l’origine des informations publiées.
Selon le communiqué, une partie des données diffusées proviendrait de bases anciennes appartenant à des organismes tiers. Il s’agirait notamment de compagnies d’assurance ainsi que d’organismes chargés de la couverture médicale et sociale des fonctionnaires.
Les autorités estiment donc que la présence de données personnelles correspondant à des agents de sécurité ne prouve pas une intrusion dans les systèmes de la DGSN ou de la DGST.
Cette distinction est essentielle : une fuite de données personnelles concernant des fonctionnaires ne signifie pas nécessairement que les systèmes de sécurité de l’État ont été compromis.
Des documents falsifiés auraient également circulé
Le pôle DGSN-DGST dénonce également plusieurs manipulations dans les fichiers et images diffusés.
Les autorités évoquent notamment des photographies retouchées, des montages visuels et des documents comportant des informations incohérentes. Certaines images présenteraient des uniformes ou des grades appartenant à des forces étrangères plutôt qu’à la police marocaine.
Des erreurs dans les chartes graphiques et des fautes importantes auraient également été relevées.
Ces éléments sont utilisés par les autorités pour contester l’authenticité d’une partie des documents présentés par le groupe comme des preuves d’une intrusion informatique.
Une fuite de données DGSN au cœur d’une enquête judiciaire
Malgré le démenti concernant le piratage, les autorités marocaines prennent la diffusion de ces informations au sérieux.
Une enquête a été ouverte sous la supervision du parquet compétent afin d’identifier les personnes impliquées dans la production, la falsification et la diffusion des documents.
L’objectif sera notamment de déterminer l’origine réelle des données, leur ancienneté, les conditions dans lesquelles elles ont circulé et l’identité des personnes responsables de leur publication.
L’enquête devra également établir si certaines informations personnelles proviennent effectivement de bases appartenant à des organismes tiers.
Cybersécurité au Maroc : une affaire qui pose une question plus large
Cette affaire dépasse donc la seule revendication du groupe Jabaroot. Elle rappelle surtout la difficulté de déterminer rapidement l’origine d’une fuite de données lorsqu’elle combine des informations authentiques, des documents anciens et des éléments potentiellement falsifiés.
Pour les administrations comme pour les entreprises, la protection des données ne repose pas uniquement sur la sécurité de leurs propres serveurs. Les informations personnelles circulent également auprès de banques, assureurs, organismes sociaux, prestataires et autres partenaires.
La fuite de données DGSN revendiquée sur Telegram illustre ainsi un enjeu devenu central : distinguer une véritable cyberattaque d’une réutilisation de données provenant d’une compromission antérieure.
Sources externes :
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