France Mohammed Idriss Ier : Bien avant les crispations connues sous Mouammar Kadhafi. Un épisode méconnu des années 1950 a installé un froid durable entre Mohammed V et le roi libyen Idriss Ier. Sur fond de manœuvres des autorités françaises en plein protectorat.
France Mohammed Idriss Ier : ce qu’il faut retenir
Pour de nombreux observateurs, les relations entre le Maroc et la Libye se sont véritablement dégradées. Après le coup d’État de 1969 et l’arrivée de Kadhafi au pouvoir. Pourtant, les prémices de ces tensions remontent à bien avant cette date.
Selon le journaliste Talha Jibril, auteur de l’ouvrage « Le roi et le colonel ». Un refroidissement se faisait déjà sentir dès 1956 entre les deux monarchies. Il s’appuie notamment sur un long entretien avec Mohammed Osman al-Saïd. Ancien Premier ministre libyen sous la dynastie El-Senussi, qui a passé de longues années en exil au Maroc.
Ce dernier situe l’origine du malaise trois ans plus tôt. En 1953. Au moment où Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, vient d’être exilé par la puissance coloniale française.
Une visite spirituelle transformée en piège diplomatique
Cette année-là, Idriss Ier, affaibli par la maladie, se rend en Suisse pour se faire soigner. À la fin de son séjour, il entreprend un voyage qui le mène en France, en Espagne puis au Maroc. Son intention déclarée est d’abord spirituelle.
Le souverain libyen souhaite en effet se recueillir sur la tombe de Moulay Idriss Ier, à Zerhoun. Sur celle d’Idriss II à Fès. Descendant de cette lignée, il n’avait encore jamais visité ces lieux chargés pour les deux pays.
Mais le Protectorat français au Maroc voit dans ce déplacement une occasion politique. Mohammed Ben Youssef ayant été déposé et remplacé par Mohammed Ben Arafa. Les autorités coloniales organisent une rencontre entre Idriss Ier et le sultan installé par la France.
Pour Mohammed Osman al-Saïd, cité par Talha Jibril, Idriss Ier a été « victime d’un traquenard français ». Le roi libyen, affirme-t-il, n’aurait abordé aucune question politique avec Ben Arafa. L’épisode va pourtant prendre une dimension internationale.
Images de presse et colère du sultan en exil
Plusieurs médias français publient en effet des photographies de la rencontre entre Idriss Ier et Mohammed Ben Arafa. Ces images parviennent au sultan déchu, Mohammed Ben Youssef, alors en exil.
Pour le futur Mohammed V, ces clichés laissent croire que le souverain libyen reconnaît le sultan installé par la France. Dans un contexte déjà explosif, marqué par la lutte pour l’indépendance, la blessure est profonde.
Selon le témoignage rapporté par Talha Jibril, la relation personnelle entre les deux dirigeants en souffre durablement. Le refroidissement ressenti dès 1956, et évoqué par Mohammed Osman al-Saïd, trouve là son origine. Il se prolongera bien au-delà de l’indépendance du Maroc et de la période de transition des années 1960.
Une histoire qui éclaire les tensions maroco-libyennes
Cet épisode, où la France, Mohammed V et Idriss Ier se retrouvent au cœur d’un même récit, aide à comprendre pourquoi les relations maroco-libyennes ont souvent été en dents de scie, entre rapprochements prudents et ruptures.
Pour les Marocains établis à l’étranger, cette page d’histoire rappelle combien les équilibres diplomatiques au Maghreb. Ont été marqués par les ingérences coloniales et les symboles de légitimité politique et religieuse. Elle éclaire aussi, à distance, certaines méfiances qui ont pu persister entre États voisins, bien après les indépendances.
Dans le contexte régional actuel, cette histoire invite à relire les relations entre monarchies et régimes. Voisins à l’aune de plusieurs facteurs :.
- le poids des gestes symboliques, comme une visite ou une photo officielle ;.
- le rôle des puissances étrangères dans la mise en scène diplomatique ;.
- la manière dont la presse peut fixer une interprétation durable d’un événement ;.
- les effets de ces épisodes sur des décennies de politique étrangère.
Plus de soixante-dix ans après ce « traquenard » rapporté par des témoins libyens. Le dossier illustre la fragilité des équilibres régionaux. Aussi la profondeur historique des relations entre Rabat et Tripoli. Bien avant la rupture incarnée par le coup d’État de 1969.
Pour aller plus loin, consultez notre guide Canal212 sur le trafic et les aires de repos.
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