Le vote électronique au Maroc franchit une nouvelle étape dans la recherche. Des chercheurs marocains ont testé à Nador un prototype qui combine reconnaissance faciale, blockchain et fonctionnement hors ligne. L’expérience a réuni 300 participants et permis d’enregistrer 287 bulletins. Le système reste toutefois un prototype universitaire. Les autorités marocaines n’ont pas annoncé son adoption pour les élections.
Vote électronique au Maroc : l’expérience menée à Nador
Le prototype porte le nom d’AdaptVote. Des chercheurs de l’Université Mohammed Premier d’Oujda et de l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan l’ont développé.
L’étude a été publiée le 4 septembre 2026 dans le Journal of Cybersecurity and Privacy. Elle présente AdaptVote comme une solution pensée pour les zones où l’accès à internet reste instable.
L’expérience de terrain s’est déroulée en décembre 2024 sur le campus de l’Université Mohammed Premier à Nador.
Deux bureaux de vote ont fonctionné pendant douze heures. Au total, 300 participants ont pris part au test.
Un système capable de fonctionner sans connexion permanente
AdaptVote repose sur un principe simple : le vote ne dépend pas d’une connexion internet permanente.
Le système identifie d’abord l’électeur grâce à la reconnaissance faciale. Il enregistre ensuite le bulletin sur place.
Lorsque la connexion revient, la station synchronise les données avec le système central.
Pendant l’expérience de Nador, les chercheurs ont volontairement limité l’accès au réseau. La connexion n’était disponible que pendant 35 % de la durée du test. Malgré cette contrainte, le système a affiché un taux de disponibilité de 99,2 %.
Reconnaissance faciale et blockchain au cœur du prototype
La reconnaissance faciale constitue l’un des éléments centraux d’AdaptVote.
Les chercheurs ont également intégré une blockchain pour sécuriser l’enregistrement des bulletins. Le système utilise notamment des mécanismes cryptographiques destinés à préserver l’intégrité des votes et à empêcher le double vote.
L’étude indique aussi que le système sépare l’identité de l’électeur de son choix électoral.
Cette architecture vise à répondre à deux exigences majeures du vote numérique : vérifier l’identité du votant et protéger le secret du bulletin.
287 votes enregistrés pendant le test
L’expérience de Nador a permis d’enregistrer 287 votes.
Selon les chercheurs, le système a synchronisé les bulletins sans conflit de données. Le test a également mesuré le temps nécessaire pour voter.
Les participants ont effectué le vote numérique en moyenne en 2,1 minutes, contre 4,5 minutes avec le bulletin papier utilisé pour la comparaison. Les chercheurs estiment ainsi le gain de temps à 53,3 %.
Le système a également fonctionné avec une consommation électrique maximale annoncée de 4,2 watts. Cette caractéristique vise notamment les zones où l’alimentation électrique représente une contrainte.
Un prototype qui doit encore faire ses preuves
Malgré ces résultats, le vote électronique au Maroc n’est pas encore une réalité électorale.
AdaptVote reste un projet de recherche. Le test de Nador ne constitue pas une expérimentation officielle organisée par les autorités électorales marocaines.
Les chercheurs eux-mêmes identifient plusieurs limites. La reconnaissance faciale peut notamment entraîner le refus temporaire d’électeurs pourtant légitimes.
L’étude rapporte un taux de réussite de 95,7 % dès la première tentative lors du déploiement à Nador. Les auteurs envisagent notamment de renforcer le système avec d’autres moyens d’identification, comme l’empreinte digitale.
Le défi sera celui d’une élection nationale
Passer d’un test de 300 participants à une élection nationale représente un changement d’échelle considérable.
Un système de vote électronique devrait répondre à des exigences strictes en matière de protection des données, de sécurité informatique et de contrôle indépendant.
La fiabilité de la biométrie constitue également un enjeu majeur. Les erreurs d’identification pourraient empêcher certains électeurs de voter.
Il faudrait aussi garantir la transparence du système. Les autorités devraient pouvoir auditer les opérations et vérifier les résultats sans compromettre le secret du vote.
Le Maroc explore de nouvelles pistes numériques
L’expérience AdaptVote montre néanmoins que des chercheurs marocains travaillent déjà sur des solutions adaptées aux contraintes locales.
Le projet cible notamment les zones où internet reste irrégulier. Il cherche aussi à réduire les besoins énergétiques des bureaux de vote numériques.
Pour l’instant, il serait donc prématuré de parler d’un passage au vote électronique au Maroc.
Mais l’expérience de Nador constitue une première démonstration intéressante. Elle montre qu’un prototype combinant biométrie, blockchain et fonctionnement hors ligne peut fonctionner dans des conditions de connectivité limitée.
La prochaine étape sera désormais de déterminer si ce type de technologie peut répondre aux exigences beaucoup plus élevées d’une véritable élection.
Sources externes :
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